Sécurité des courriels, diffusion d’images intimes et tension générale: on commence par quoi?

On peut certainement dire que ces derniers jours ont été tumultueux, d’une raison à l’autre, pour toute la communauté universitaire. Autre que le brouhaha saisonnier des élections de la FÉÉCUM, les étudiants ont été témoins d’une utilisation « malveillante » des courriels universitaires, exposant une image intime d’une étudiante du campus et créant un sentiment omniprésent d’insécurité et de malaise.

Ce n’est plus un secret : la liste des courriels étudiants est publique et très facilement accessible à toute source externe. Pourquoi ? D’abord, pour faciliter la communication entre les étudiants. Rien de plus simple pour trouver le courriel de son partenaire de chimie ou son professeur d’histoire. On n’a rien qu’à taper son nom dans la liste de l’annuaire des courriels et bing-bang-boom, trouvé.

Pourtant, ce n’est que lorsque du contenu extrêmement personnel est diffusé par ce réseau (répétons-le pour l’accentuer : si facilement accessible) qu’on se rend compte à quel point le système actuel comporte un risque. Ce n’est qu’après que l’intimité d’une personne soit envahie, menacée et exposée parmi ses paires et sa communauté que ce malaise est exprimé par la masse.

Alors que reste-t-il à faire ? La DGT (direction générale des technologies) se dit impuissante, les mesures de sécurité pour bloquer l’accès se limitent à changer les adresses courriel étudiantes (encore un écho : toujours accessible au public) et toute action revendicatrice risque de dévoiler l’identité de la victime, chose indésirable et injuste.

D’abord, et sans doute par ordre de priorité, il est nécessaire de respecter la victime. Bien qu’il soit encore trop tôt pour connaître ou même lui demander son avis sur la présente situation, il est toutefois primordial de ne pas exagérer les faits et surtout de ne pas partager le contenu visuel du courriel. Encore plus nocifs que les actions de l’émetteur sont les répercussions et les fausses représentations des événements dans l’environnement de la victime. Très peu sont ceux qui connaissent le contexte du contenu de ces courriels. La majorité n’est donc pas en position de juger cette personne. Sans preuve ni contexte de sa situation, la victime n’est aucunement responsable de cette tournure d’événements, puisque la distribution de matériel sensible à son égard a été faite, de toute apparence, sans son consentement.

Ensuite, il est primordial de garder son sang-froid. Il s’agit d’un conseil difficile à suivre, surtout face à la situation actuelle où l’émetteur du courriel malveillant a fait le point de proférer des menaces envers la communauté universitaire. Malgré toutes ces raisons pour céder à la panique, rappelons-nous que les raisons pour maintenir son calme, bien qu’elles puissent être moins nombreuses, sont toujours plus valables, sinon rentables. L’émetteur du courriel cherche à blesser non seulement par le partage d’images intimes, mais aussi par notre sentiment d’impuissance. C’est une histoire classique de cyberintimidation ou d’intimidation tout court, mais la réalité est qu’un acte de mauvaise foi dépend de la réaction de ceux qu’il vise. Le fait de réagir, de donner preuve concrète de l’effet de ses actions est l’équivalent de nourrir le malfaiteur à la cuillère. Il est par contre important de souligner que le fait d’ignorer ce comportement n’a pas pour but d’inciter une répression des sentiments ; bien entendu, il est toujours important d’exprimer son malaise, mais évitons d’en faire une scène grandiose sur les médias sociaux. Il s’agit d’un lieu où l’information est très accessible et où toute nouvelle, factuelle ou fictive, se propage comme un feu de forêt. Encore une fois, l’exagération des faits, surtout dans un lieu où la panique est visible et accessible peut facilement encourager l’émetteur ou confirmer les croyances de tout malfaiteur qui partage son point de vue.

Enfin, il faut passer à l’action. La Fédération des étudiants et étudiantes du Campus universitaire de Moncton, la FÉÉCUM, a confirmé la planification d’une initiative pour mobiliser les étudiants contre le harcèlement. En attendant, soyons tous vigilants en dénonçant toute forme de harcèlement, minime ou majeur. Le moment est opportun pour tout malfaiteur qui souhaite confirmer l’idée qu’il est acceptable de violer l’intimité et la dignité d’une personne, que ce soit dans un contexte personnel ou public, par des moyens verbaux ou physiques, ou encore de façon directe ou indirecte. La tolérance de ce comportement est aussi grande qu’on la permet de l’être au sein de nos rapports quotidiens, alors soyons visibles et laissons comprendre à notre communauté ce qu’est le harcèlement lorsqu’on l’aperçoit, sans exception.

Certes, cette faiblesse au niveau de la sécurité n’est pas rassurante, mais sans donner un dernier conseil trop cliché, la population étudiante qui choisira de ne pas reconnaître les actions d’un malfaiteur comme étant légitimes sera ce qui mettra fin à cette histoire.

Faisons preuve d’empathie, restons calmes et mobilisons-nous pour montrer que les étudiants restent fermes et ne cèdent pas à ce type de comportement.

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