Seuls les vrais et les tenaces survivent au programme d’art dramatique

par Mathieu Plourde Turcotte

Cette année, le programme d’art dramatique de l’Université de Moncton compte un seul étudiant à sa dernière année de bacc. et qui potentiellement graduera. Il s’agit du graphiste du Front et admirateur des répliques provenant des pièces de Sam Shepard, Ludger Beaulieu. Fait somme toute particulier pour un acteur, il aura pour défi de faire tous les rôles du spectacle de sa fin de session scolaire. Lors de ses prestations présentées du 2 au 6 décembre au théâtre La Grange situé sur le campus de l’Université de Moncton, il interprétera la traduction par Fany Britt de Cul de sac de Daniel McIvor. Pour Ludger Beaulieu, il s’agit, selon ses dires, d’une situation en or d’occuper toute l’attention des futurs employeurs. Il faut dire que l’habitude du peu d’étudiants dans sa concentration lui aura appris à faire avec : la plus grande quantité d’étudiants l’accompagnant dans une année de bacc., dit Ludger Beaulieu, a été de cinq. En regardant le contingent d’étudiant qui a gradué dans ce programme par le passé, on est forcé d’admettre qu’il n’est jamais bien grand mais, comme le clame David Lonergan : « Il faut faire attention. Beaucoup d’étudiants n’ont pas gradué parce que, leur restant que des cours optionnels et ayant des emplois assurant leur avenir, ils ont décidé de ne pas compléter ces quelques cours souvent moins utiles à la réalisation de leurs projets personnels. »

Pour le milieu, semble-t-il – en se fiant aux commentaires de David Lonergan, chargé de cours dans le programme et critique culturel dans l’Acadie-Nouvelle – qu’il n’y a rien de véritablement inquiétant à voir une année composée de peu de finissants, puisque les années qui suivent compenseront par leur nombre, en plus du fait que le milieu théâtral ne regarde pas à la démesure lorsqu’il s’agit de compter les intervenants du milieu. Lonergan précise que beaucoup d’étudiants abandonnent parce qu’ils n’ont pas toujours ce qu’il faut ni les reins assez solides pour être partie prenante d’un milieu difficile, parmi lequel il est fort probable de devoir jouer un peu du coude pour faire sa place. Cette affirmation a été confirmée par Audrey Blanchard finissante de 2010-11 et actrice dans la persistance du sable de Marcel-Romain Thériault. Elle affirme avoir adoré le programme, malgré les nombreuses fois où l’envie d’abandonner a été ressentie. Le programme d’art dramatique de l’Université de Moncton, comparé aux écoles spécialisées en théâtre, est généreux en admission ; la sélection se fait donc, au fil des années, de manière naturelle, par le talent ou autres, au lieu de se faire par une audition comme dans les écoles de théâtre. De plus, tous s’entendent pour dire que le programme forme des étudiants aux compétences larges et diverses, si l’on compare aux autres écoles souvent plus spécialisées.

David Lonergan admet aimer la relève théâtrale actuelle de par le fait qu’elle est très entreprenante et proactive. Il commente : « La réalité de l’Acadie impose aux acteurs de faire leurs propres projets, car s’ils attendaient que l’Escaouette ou le Théâtre populaire acadien leur produise quelque chose. Ils attendraient longtemps ; les rôles leur convenant – même aux plus talentueux – ne s’inscrivant pas dans une conjoncture assez régulière pour les faire vivre. Les exemples d’acteurs produisant ou écrivant leur propre travail sont assez nombreux dans la région. On a qu’à penser aux exemples les plus cités qui souvent proviennent du programme d’art dramatique de l’Université de Moncton : Christian Essiambre et ses 3 exils de Christian E., ou les Productions l’Entrepôt, démarrées par André Roy. Tout cela ne peut que rendre la constellation théâtrale dynamique, et de là vient l’utilité fondamentale pour la région, même si les étudiants y sont en petit nombre, du programme.

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