Stages non rémunérés, une vieille problématique

bonjour-nametag-d76085121Cela fait quelques années que de plus en plus de voix s’élèvent contre le phénomène des stages non rémunérés. Gage d’une entrée dans un monde professionnel de plus en plus compétitif, le stage est devenu, au fil des ans, l’élément clé pouvant décider de la qualité d’un C.V. Radio-Canada a estimé, dans un article paru en 2013, que près de 300 000 personnes travaillaient « gratuitement » dans les enseignes du gouvernement ainsi que dans les entreprises les plus prospères du Canada.

Qui est concerné ?

À partir du moment où vous vous engagez dans une expérience professionnelle pratique en lien avec vos études, vous pouvez vous considérer comme étant un stagiaire. Le stage non rémunéré est à différencier du régime « Coopératif » (COOP) qui s’aligne sur la même logique, mais est exclusivement payé. Les principaux domaines d’étude concernés par ce problème sont les sciences infirmières, le travail social, la kinésiologie, la nutrition et l’éducation, pour ne citer que ceux-là. Pour ce dernier, les étudiants peuvent avoir un stage qui dure jusqu’à 10 mois et ne sont pas toujours rémunérés.

Déjà en 2013, Samuel LeBlanc, alors vice-président exécutif de la FÉÉCUM écrivait : « Les étudiants travaillent dans les milieux de stage. Ils se lèvent tôt, font des quarts de travail, ramènent du travail à la maison. La grande majorité des stagiaires ne reçoivent aucun salaire pour ce travail. Pire encore, ils doivent payer des frais de scolarité pour accéder à ce stage. Cette pratique courante est inacceptable. Pourquoi? Parce qu’on demande aux étudiants de payer pour travailler. Tout au mieux, on leur demande de payer pour une formation habituellement offerte – avec un salaire – par les employeurs. »

Simon Ouellette, diplômé de la faculté de droit, estime cela honteux puisqu’en dépit des énormes coûts liés aux stages, il n’y a aucune garantie sérieuse d’emploi. Selon lui, seuls les plus nantis pourront s’offrir un stage et donc courir la chance d’obtenir un emploi. Dès lors, on s’oriente vers une société plus capitalisée où seuls les plus riches s’en sortent. Pour lui « l’éducation est un droit et ne doit être aucunement conditionnée par le portefeuille. »

Il y a deux perspectives intéressantes à considérer à propos de ce sujet. D’une part, il y a la thèse de la FÉÉCUM, représentée par Jean François Cyr, vice-président académique de la FÉÉCUM, « […] le stage est comme un emploi, puisque certains occupent plusieurs postes à la fois et cela, sans supervision ». Et d’autre part, on a Nicole Marquis,  la directrice adjointe du service des stages de la faculté d’éducation, qui estime, quant à elle, que « Ce n’est pas un travail (pour que cela soit rémunéré). Les étudiants qui vont en stage sont sous la supervision d’un professeur à qui revient toute la charge de travail ainsi que la responsabilité de la performance pédagogique.»

Que dit la loi sur le sujet ?

L’envers du décor, c’est que la législation fédérale est assez floue sur le sujet, ce qui n’est pas tellement surprenant puisque le plus grand employeur de stagiaires non rémunérés reste le gouvernement. Du point de vue provincial, les «stages bénévoles » sont illégaux dans certaines provinces (Ontario, Québec, Colombie-Britannique). Outre part, le stagiaire est, en fait, considéré comme un travailleur, et donc perçoit un salaire minimum (qui tourne autour de 10$ en moyenne, dépendamment de la province). Si vous résidez en Ontario, vous avez le droit de réclamer un remboursement selon le « Canadian Intern Assocation », une association qui milite contre « l’exploitation des stagiaires et pour une amélioration de l’expérience aussi bien pour les stagiaires que pour les employeurs ». Au Nouveau-Brunswick, le « Employment Standards Act » définit un employé comme une personne qui exécute un travail ou fournit des services à un employeur. Si l’on veut rester cohérent et rationnel, les stagiaires entrent aisément dans cette catégorie.

Pourquoi le silence à ce sujet ? Jean-François Cyr, vice-président académique de la FÉÉCUM, et Simon Ouellette, qualifie cela de « vide politique ». La directrice adjointe du service de stages de la faculté d’éducation estime qu’à sa connaissance, « il n’y a aucune province ni au Canada, ni aux États-Unis, où l’on paie pour les stages en éducation », avant d’ajouter que : « c’est comme le permis de conduire. On ne va pas vous payer pour pratiquer. C’est votre responsabilité. »

Quelles actions ont été menées ?

Il y a une multitude d’acteurs qui ont décidé de se lever pour dénoncer cette exploitation honteuse de la jeune masse salariale. Simon Ouellette compare ces pratiques à du « corporate work fare »

Pour commencer, il y a bien sûr le Canadian Intern Assocation, qui milite, notamment à travers son « Wall of Shame » (mur de la honte), où elle dresse une liste de toutes les entreprises prises en flagrant délit de « stage non payé ». Sur un terrain plus local, on retrouve la FÉÉCUM, comme toujours au premier rang pour défendre les étudiants. Samuele Acca, vice-président exécutif de la FÉÉCUM se prononce: « C’est un dossier sur lequel on a commencé à se pencher l’an passé. Dans le fond, on voulait recueillir les données relatives à l’expérience. […] Une fois qu’on aura le cadre général, on pourra faire ressortir les besoins et voir ce qu’on peut faire pour satisfaire la demande ». À sa dernière assemblée générale, la fédération a proposé, à travers un comité de stages, une série de solutions pour endiguer la « maladie ». On retrouve dans les propositions, la création d’une bourse destinée aux stagiaires. L’idée d’étendre les programmes COOP au reste des facultés a aussi été soulevée. Les étudiants en génie ont des stages payés, pourquoi pas les étudiants en éducation et en santé ? Comme le rappelle Pascal Haché, président de la FÉÉCUM, « nous venons juste de commencer ». Affaire à suivre.

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Un passionné d’informatique pris d’un amour fou pour l’écriture. A travers les mots, on peut éduquer.
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