Un étudiant reçoit des menaces de la compagnie qui remorque les voitures du campus

par Mathieu Plourde Turcotte

Ces menaces ont été conférées par une compagnie – Dynamic Towing – engagée par le service de sécurité de l’université, en plus d’être facilité par cette dernière (probablement sans mauvaise intention pour cette dernière mais tout de même). Ces menaces avaient pour but d’intimider un étudiant qui répliquait à ce qu’il croyait être une fourberie de remorqueur. Comment l’étudiant en est-il arrivé à cette situation? L’histoire commence ici. Étudiants en droit à vos calepins, l’histoire qui suit a donné très peu de réponses tranchées, voire beaucoup d’hésitations, à bien des gens et même à une de vos professeures.

Mercredi matin, 10h, Michael Debled stationne sa voiture dans l’aire – adjacent au pavillon Taillon – désignée à cet effet pour deux heures d’accès gratuit. Petit empêchement oblige, il revient un peu après le délai de deux heures. Ne voyant pas sa voiture, il croit d’abord à un vol, cherche la voiture pendant une bonne demi-heure, avant de se rendre au service de sécurité. Alors, il se rend à l’évidence que sa voiture a été remorquée. Un remorquage sans préavis.

La common law : des règles faites pour le plus fort
Ayant entendu dire, entre les branches peut-être trop québécoises ou françaises, que les infractions données par le service de sécurité n’avaient aucune valeur juridique, Michael rejoint la police locale pour faire part de son inquiétude. La personne à l’autre bout de la ligne lui répond que la police ne se mêle pas de ce genre de litige. Ce sont les règles du propriétaire, donc de l’université, qui priment. Michael doit régler l’affaire avec soit le service de sécurité de l’université, soit la compagnie de remorquage. Le service de sécurité ne veut rien entendre. Finalement, il réussit à trouver un moyen de se rendre à la cour de la compagnie de remorquage. L’adresse de la compagnie indique qu’elle est située sur la rue Halifax, mais en fin de compte elle est accessible seulement par la rue voisine : la rue Beaverbrook. Michael arrive devant les employés de la compagnie et, sans même qu’il ait haussé le ton, tentant simplement de comprendre la situation, les employés de la compagnie – sur la défensive – pour éviter les conséquences d’une possible frustration, disent comprendre sa colère – uniquement en anglais évidement – et que malgré leurs propres aveux vis-à-vis l’injustice de ce genre d’infraction, les ordres sont les ordres. Résultat : 110 dollars de frais pour le remorquage et 25 dollars pour l’entreposage; des frais qui auraient augmenté de 25 dollars par jour additionnel d’entreposage. Avec les taxes, la facture totalise 152 dollars et 55 cents. Alors que dans les autres compagnies de remorquage rejointes; pour la même distance, disent-elles, les frais de remorquage se situent aux alentours de 45-50 dollars plus taxe. Cet endroit – un garage accompagné d’une cour dʼentreposage – se détachait surtout de la normale par la présence des nombreuses caméras de sécurité qui surveillaient la toute petite cour. Voyant que la facture devait être payée et que les employés de la compagnie de remorquage ne comptaient pas lâcher le morceau, il décide de revenir à sa résidence.

Parce que normalement les étudiants n’ont pas le temps et l’argent pour avoir de l’audace et du cran, certains en profitent
Depuis son arrivée à Moncton, Michael a eu affaire à des gens particuliers. Exemple : l’une des propriétaires d’appartement qui ne voulait pas lui redonner son dépôt de 400$ pour des raisons injustifiées, mais ses enfants étant avocats, les affronter aux petites créances eut été irraisonné. Ensuite, il y a le cas de son ancien colocataire qui le volait et qui est maintenant suivit dans une enquête policière pour avoir supposément pataugé dans une affaire de pornographie juvénile. Et là, il n’est pas question des petites magouilles insignifiantes des gens de Moncton, la liste sʼallongerait beaucoup trop. Alors, l’énervement face à une quelconque nouvelle affaire louche se comprend aisément sans toutefois tout justifier… légalement.

Donc, le lendemain, Michael a besoin de sa voiture, la décision est prise, « c’est ma voiture, mon bien », le bien doit être repris, et ce, même s’il faut ne pas avertir la compagnie de remorquage. La voiture de l’accompagnateur se stationne à proximité de la cour du garage. Petit rappel : c’était toujours lui qui avait les clés. Après tout, la voiture est toujours sa propriété. Étonnamment, la voiture de Michael est bien située pour se faire reprendre. Il se dit que si le fait de reprendre sa voiture est un crime, la compagnie appellera la police ou fera une poursuite aux petites créances et il n’aura pas d’embardée à faire. S’il se fait pincer, ils ne le battront pas mort tout de même! Il embarque donc dans la voiture, embraye le reculons, d’abord, sans aller trop vite, puis, voyant que l’un des gars de cours avait découvert le pot aux roses et qu’il partait pour fermer la clôture d’entrée, pèse sur l’accélérateur avec vigueur. Tout en essayant d’obstruer la voiture, le gars de la compagnie tente, au passage, de donner un coup d’un engin non identifié – peut-être un coup de sa propre personne – sur la voiture. Michael redirige la voiture vers l’avant; le gars profite du moment de redirection ralenti par l’embrayage pour donner un coup de pied dans le derrière de la voiture, et, en faisant son transfert de poids, tombe à la renverse. Est-ce qu’il est dit dans le texte qu’ils ne l’auraient certainement pas battu à mort? Finalement, cette phrase porte à confusion puisqu’ils ont réagi avec leurs poings à une situation qui normalement se serait réglée aux petites créances…

Des menaces révélant leur culpabilité
En bref, de vrais malades, dira Michael, plus tard, tout en ajoutant qu’ils ont mis leur vies en danger pour 150$. La voiture s’en sort avec une poque et un rétroviseur arraché. Jusqu’au lendemain après-midi, plus aucune nouvelle de personne sur le sujet. En cette fin d’après-midi du vendredi 13 avril, une lettre mettant maladroitement en évidence le nom de compagnie Dynamic Towing est apparue sur son pare-brise disant : « You should come pay your Bill, before we pick your car up again! The police are looking for you! Your better call us or it will be very expensive!!! »

Au moment de la lecture des menaces, si on se fit au message de la lettre, la police le recherche, mais ne l’a pas encore appelé. En se fiant toujours à la lettre de menace, les remorqueurs ont trouvé l’emplacement de sa voiture avant la police… ??? Le message qui semble se dégager, c’est que la compagnie croit les étudiants dupes de tout et qu’ils vont payer, peu importe la manière à laquelle ils sont traités.

Étrangement, c’est seulement en allant consulter le registraire de l’université qu’ils ont pu trouver aussi rapidement l’adresse où était stationnée la voiture de monsieur Debled. Puisque même si la compagnie a noté le numéro de la plaque d’immatriculation, la voiture est enregistrée au Québec avec comme indicatif pour retrouver la personne une adresse québécoise. Seuls le registraire et la police connaissaient l’adresse de monsieur Debled. De toute évidence, la police ne peut se mêler de ce genre de dossier, puisque comme elle l’avait dit au téléphone à monsieur Debled, il faut qu’il s’arrange avec l’université ou la compagnie de remorquage. Et dans le cas de lʼuniversité, l’article 5.1 de la politique de confidentialité de l’Université de Moncton stipule que « l’Université de Moncton utilisera, communiquera et conservera des renseignements personnels uniquement pour des fins légitimes précisées à la personne concernée et pour lesquelles un consentement a été obtenu. » Évidemment, des menaces c’est très légitime.

Ensuite, qu’est-ce que veut dire « expensive »? Est-ce que ça veut dire qu’ils veulent lui casser la gueule ou lui détruire sa voiture? Y faudrait préciser.

Une poursuite au moins ça dit tout avec clarté. Évidemment, aucune poursuite pour l’instant, c’eut été aussi dommageable pour la compagnie puisqu’elle est visiblement en tort sur quelque chose. Et c’est avec cette compagnie que le service de sécurité de l’université fait affaire tous les jours. Vos vies sont définitivement entre de très bonnes mains.

Depuis les menaces, il y a maintenant cinq jours, qui disaient que la police était à ses trousses, il n’a pas reçu de poursuite et la police ne l’a pas encore rejoint… Le dossier semble interrompu, voire définitivement clos, mais la malhonnêteté, elle, ne semble jamais s’arrêter autour dʼétudiants sans véritables moyens de défense.

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