Un peu d’orgueil et une bonne dose de préjugés

On amorce le retour de la semaine d’étude avec une bonne nouvelle, celle de l’ouverture de la banque alimentaire, gracieuseté de la FÉÉCUM, afin de venir en aide aux étudiants dans le besoin. On pourrait croire qu’un geste de bonté et d’altruisme serait vivement accepté par le reste de la communauté, mais il faut s’en détromper. À voir les commentaires sur le site de la CBC suivant un article sur cette nouvelle initiative de la FÉÉCUM, on pourrait en conclure qu’une banque alimentaire pour les étudiants est une idée parfaitement ridicule.

La punch-line, selon ces internautes, c’est que tous les jeunes qui sont aux études sont assez riches pour s’acheter une voiture, un appartement, un MacBook Pro, trois iPads, et avoir assez d’argent pour se payer leur frais de scolarité; que ce soit par l’entremise d’un prêt étudiant ou d’un fond établi par ses parents, l’argent coule à flots. C’est une logique facile, mais qui se révèle quand même fausse dans plusieurs cas. C’est un peu comme dire que tous les adultes qui ont un emploi à plein temps n’éprouvent pas de difficultés financières parce qu’ils ont un revenu stable, alors que l’on sait pertinemment que cela ne représente pas la réalité chez plusieurs individus.

Il y a plusieurs facteurs qui entrent en jeu que l’on oublie, et ce sont des obstacles qui font apparition dans les deux camps, étudiants comme adultes sur le marché du travail. On peut parler de la famille, qui commence tôt chez certains par choix ou non, de la difficulté à respecter un budget, ou du prix à payer pour des urgences et imprévus.

Peinturer tout le monde avec la même brosse ne fonctionne jamais, autant vous le dire.

Il y a aussi le fait que lorsqu’on érige des barrières, lorsqu’on associe une image négative avec une initiative qui pourrait aider ceux et celles dans le besoin, on décourage davantage ce groupe d’individu à profiter d’un service qui pourrait, in extremis, les permettre de réussir.

L’une des tristes réalités de notre ère moderne est qu’il nous faut, presque sans faute, un diplôme quelconque pour réussir. La génération qui nous précède l’a vécue en partie, celle d’avant, pratiquement pas, ce qui expliquerait en partie leur réticence à comprendre pourquoi un étudiant pourrait se trouver aujourd’hui sur le seuil de la pauvreté. Le diplôme est associé à la réussite, et, de plus en plus, le diplôme à un prix – un prix en argent, un prix aussi en temps. Certains pourraient même avancer l’idée qu’un baccalauréat n’est plus pratique, qu’une maitrise ou un doctorat assure une meilleure sécurité dans ce monde où on recherche la spécialité de plus en plus. D’où vient la raison, en bout de compte, de poursuivre ses études et de dépenser encore plus d’argent auprès d’une institution devenue sauvagement capitaliste.

Mais il est aussi possible de comprendre pourquoi on pourrait croire que certains individus abuseraient de la bonté des autres, en tirant avantage, par exemple, du service de la banque alimentaire pour les étudiants – cependant, ce type d’individu existe dans toute société, et il est inutile de supposer qu’il serait plus présent dans un certain groupe d’âge qu’un autre.

La banque alimentaire pour les étudiants représente un enjeu tout aussi important que marginalisé, et il serait important pour tous les membres de la communauté de mettre de côté leur orgueil et leurs préjugés afin de donner une chance à ceux et celle qui sont dans le besoin.

Partagez!