Une bibliothèque pleine de vie

Marthe Brideau, bibliothécaire en chef de Champlain, célèbre avec fierté les 50 ans de l’institution qu’elle dirige.

L’ambiance était à la fête, malgré la panne de courant jeudi dernier, lors des célébrations organisées pour commémorer les 50 ans de la bibliothèque Champlain. Il est vrai que peu d’institutions littéraires peuvent se vanter d’une telle longévité. Ce demi-siècle a été fait de beaucoup de hauts et de relativement peu de bas. Malheureusement, les années à venir s’annoncent plus difficiles, notamment en raison de l’éternelle et délicate question du manque de moyens.

Néanmoins, avant de s’attarder sur les défis qui guettent ce temple de la connaissance, il semble utile de retracer son histoire. Elle débute sans surprise cinquante ans passés, le 12 septembre pour être exact, jour de la fondation de la bibliothèque Champlain. Le sous-sol est alors occupé par le Musée acadien, la Galerie d’art, le Centre audio-visuel et la Librairie universitaire. Le Centre d’études acadiennes est localisé au deuxième étage. La collection compte à l’époque 50 000 ouvrages. En 1984, soit un peu moins de 20 ans plus tard, elle se compose déjà de 256 382 volumes! La croissance continuera à être exponentielle jusqu’à aujourd’hui.

En termes d’infrastructure, le bâtiment subit un premier agrandissement en 1988, avant les grands chantiers de 2012, qui visent à moderniser les espaces de travail.

« Il reste le sous-sol et le deuxième étage, qui auraient besoin de rénovation », explique Marthe Brideau, bibliothécaire en chef de la bibliothèque Champlain depuis janvier 2013.

Numérique et finances, les deux maîtres-mots

Étant impliquée depuis plus de 30 ans dans ce milieu littéraire, Brideau identifie sans peine les plus grands défis à surmonter dans les prochaines années. La numérisation de la collection figure en tête de la liste : « Les gens veulent l’électronique, que tout soit accessible au bout des doigts et 24 heures sur 24 ».

Elle insiste particulièrement sur l’importance de donner la bonne information au bon moment, et de faire une utilisation efficace des ressources en ligne. Mais le succès de cette entreprise dépend essentiellement du facteur financier : « On manque de moyens depuis l’année passée. Ce n’était pas le cas quand je suis arrivée. Là, on est “corrects“, mais l’an prochain, ce sera plus délicat. On a déjà dû couper des [abonnements à plusieurs] périodiques ».

Parallèlement à la chute des subventions, le prix des ouvrages augmente constamment. Quand ceux-ci sont achetés à l’étranger, il faut en plus tenir compte du taux de change, souvent très désavantageux. Pour l’année économique 2015-2016, l’équation a été résolue par le départ à la retraite d’un employé, et la démission de deux autres ; cet exode a allégé la charge salariale et a permis de compenser les subsides manquants. Cependant, en 2016, aucun départ n’est prévu, ce qui complique la donne.

Hector Alvaréz, bibliothécaire et chef des services publics, se fixe un autre objectif pour le futur : « Il faut devenir le centre de la discussion académique ». Il veut par cette formule exprimer son désir de voir les gens de différentes facultés collaborer et échanger leurs expériences ou leurs savoirs à la bibliothèque.

Bibliothécaires intégrés, un succès

Marthe Brideau désire cependant rester positive : les objectifs pour l’année 2014-2015 ont tous été atteints, si pas parfaitement, du moins dans les grandes lignes. Elle considère la nomination de « bibliothécaires intégrés » comme sa plus grande fierté : « Dans chaque faculté, un bibliothécaire est intégré pour offrir des services sur place ». Le projet avait été lancé en 2013, mais jusqu’à cette session, la faculté d’éducation ne disposait pas encore de cette précieuse ressource humaine, ce qui est désormais le cas. À plus long terme, Marthe Brideau désirerait qu’ils aident plus étroitement les chercheurs dans leur travail.

Ces experts ont un bureau dans les facultés qu’ils assistent et conseillent les étudiants quant aux ouvrages à consulter, ce qui fait remonter la fréquentation de la bibliothèque Champlain, en baisse depuis quelques années. La bibliothécaire en chef souligne toutefois que le nombre de visites du site Internet de l’institution est en hausse constante (pour reprendre ses termes : « Sur le web, c’est parfait ! »), et que la chute de la fréquentation physique est freinée par les cours donnés dans l’édifice par la Faculté d’administration. Hector Alvaréz précise toutefois la complexité de cette question: « La fréquentation est un problème difficile, car il est impossible de la faire augmenter ad infinitum »… 

Pour faciliter le travail à accomplir, Marthe Brideau a identifié cinq « chantiers » dans son rapport annuel 2014-2015. À la relecture de ces cinq points, elle semble un peu découragée par l’ampleur de la tâche : « Le comptoir unique [soit la formation de tous les bibliothécaires, afin qu’au lieu d’être spécialisés dans un domaine, ils puissent être à même d’offrir n’importe quel service à la demande d’un étudiant], on ne l’a pas encore fait ; la campagne de financement doit aussi être révisée ».

Elle insiste sur le fait que la préparation des célébrations du cinquantenaire lui a coûté beaucoup d’énergie, l’empêchant de consacrer ses efforts aux chantiers susmentionnés. Personnellement, elle n’était d’ailleurs pas spécialement en faveur de telles cérémonies, mais en sa qualité de bibliothécaire en chef, elle estime important de marquer le coup.

« Il y a encore beaucoup de travail à faire. Après cette semaine, on va s’y remettre! ».

En résumé, à l’avenir, il faudra faire mieux avec moins. Espérons cependant que la bibliothèque Champlain soit repartie pour cinquante nouvelles années !

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