Vivre le deuil : un défi lancé par le Musée acadien

« Le souvenir, c’est la présence invisible », disait Victor Hugo. Le Musée acadien de l’Université de Moncton (MAUM) semble s’être approprié cette formule en préparant sa prochaine exposition, intitulée « Toujours aimé, jamais oublié : la mort et le deuil en Acadie ». En effet, l’exposition s’intéresse aux différentes manières de réagir à la perte d’un être cher, en conservant toujours un ancrage communautaire. Elle propose notamment une large gamme d’objets ayant pour destination de rendre visible cet « invisible » et de renforcer ce sentiment de « présence ». « C’est un exercice pour apprivoiser nos sentiments par rapport à la mort », explique Deborah Robichaud, conceptrice et conservatrice-invitée de l’exposition. Cette dernière inaugurera son œuvre lors du vernissage prévu le 7 octobre, entre 17 et 19 heures; l’exposition pourra être visitée jusqu’au 17 avril 2016.

Entre passé, présent et futur

L’exposition est sous-tendue par le thème du temps. Elle entretient avant tout un fort lien avec le passé par plusieurs aspects. « L’exposition a deux buts : retrouver un contact avec la mort et honorer nos traditions acadiennes », selon Mme Robichaud.

En outre, elle est l’aboutissement d’un questionnement et d’un travail de recherche qui a débuté il y a 30 ans. Enfin, il est légitime de penser que l’organisation de cet événement entre l’automne et le printemps est un clin d’œil au cycle des saisons. La chute des feuilles, la mort de la Nature et sa renaissance printanière soulèvent finalement les mêmes questions existentielles que l’exposition.

Toutefois, les pièces de la collection intègrent également une dimension très actuelle. La conservatrice invitée cite en exemple des photos d’enfants morts, qui peuvent aisément être mises en relation avec l’image du jeune Kurde noyé et échoué sur une plage, qui a fait le tour du monde récemment.

Enfin, l’œuvre se veut résolument tournée vers l’avenir, par le biais des questions qu’elle suscite. Quel futur après la mort? Quelle présence des absents dans la mémoire des vivants? À l’heure où la crémation devient de plus en plus répandue, désirons-nous conserver une trace physique des défunts? Autant d’interrogations qui ne peuvent laisser le visiteur indifférent et rendent l’exposition d’autant plus attrayante. 

Encourager la discussion

La mort n’est certainement pas le sujet le plus drôle, mais ce n’est pas pour autant que Mme Robichaud a abandonné toute initiative d’interactivité. « Le visiteur sera notamment invité à faire un choix entre un cercueil et une urne funéraire », annonce la conservatrice invitée. En d’autres termes, les curieux devront indiquer leur préférence entre la crémation et l’inhumation « classique », en votant pour l’une des deux options. Par ailleurs, et dans la continuité des outils interactifs utilisés pour l’exposition permanente au MAUM, différents extraits sonores seront proposés aux visiteurs. « Toujours aimé, jamais oublié : la mort et le deuil en Acadie » inclut une série de contes et d’histoires relatifs aux défunts et à la manière de vivre le grand départ dans leur entourage.

L’exposition comporte quelques très beaux objets, rappelant à nouveau la richesse de la collection du MAUM. Mme Robichaud mentionne en particulier « une croix en cire sous un globe, qui est une sorte de Memento Mori. Les visiteurs pourront également admirer des masques funéraires post-mortem, ainsi que des moules mortuaires en 3D ». Certains objets de la collection étant particulièrement bouleversants, l’exposition n’est accessible qu’aux individus de 12 ans et plus.

Le titre de l’œuvre de Mme Robichaud est trompeur; en effet, si l’accent est mis sur la mort, les pièces exposées font parfois aussi référence à d’autres moments importants de la vie. L’accent est surtout mis sur la naissance et le mariage, deux moments sans lesquels la mort ne serait pas aussi tragique.    

Une ultime question demeure : pourquoi avoir choisi le MAUM pour cet événement, parmi la multitude de lieux érigés en l’honneur de l’Acadie? La réponse est double : d’une part, la conservatrice invitée est l’ancienne directrice de l’institution culturelle. D’autre part, elle souligne que ce choix est « logique, car ce musée recèle la collection la plus complète d’objets acadiens ». Autant d’arguments en faveur d’un passage, furtif ou durable, dans les salles du MAUM.   

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