Voter, c’est pas si compliqué!

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Les étudiants de l’Université de Moncton lors du vote préliminaire du 9 octobre.

S’inscrire. Aller au bureau de vote. Faire une croix dans l’isoloir. Sortir et savourer la satisfaction d’avoir réalisé son devoir civique. S’il existait un manuel à l’usage des citoyens qui vont pour la première fois aux urnes, il résumerait sans doute la procédure de vote en ces quatre étapes simples.

Malheureusement, la réalité est souvent bien éloignée de ce monde idéal pour les jeunes qui se rendent à l’isoloir pour la première fois. Sur le campus de l’Université de Moncton, deux difficultés majeures sont pointées du doigt par les étudiants : premièrement, la procédure d’inscription (obligatoire) est complexe. Il existe trois alternatives, ce qui laisse un large choix à l’électeur : soit le formulaire en ligne, soit celui par la poste, soit celui rempli au bureau de vote. Mais avant de pouvoir passer à cette étape, il convient de fournir des preuves d’identité et d’adresse. Et c’est là que le bât blesse : de nombreux documents officiels se perdent en chemin, rendant l’inscription et par conséquent le vote impossibles. Il est donc plus sûr de se rendre soi-même au bureau de vote afin de s’inscrire directement. Néanmoins, tous les jeunes n’ont pas le temps de faire le déplacement, et demandent donc à leurs parents de les inscrire, ou s’abstiennent simplement de participer au scrutin.

Le second problème auquel sont confrontés les « premiers votants » est l’absence de bureau de vote à proximité. Comme déjà évoqué dans un article précédent dans Le Front, Élections Canada refuse d’en installer un sur le campus de l’université, ce qui décourage plusieurs jeunes électeurs. La FÉÉCUM a tenté de remédier à ce problème en affrétant un autobus, vendredi dernier, pour que ces derniers puissent malgré tout aller effectuer leur devoir civique.

Ajoutez à ces deux facteurs un désintérêt de plus en plus fréquent de la classe politique pour la jeunesse, et vous comprendrez pourquoi le premier vote suscite une telle appréhension chez les « premiers votants ».

Les réseaux sociaux, levier majeur

Le tableau n’est pourtant pas aussi noir qu’on pourrait le penser à première vue. De nombreuses initiatives ambitieuses sont mises sur pied afin d’aider les jeunes à réaliser leurs premiers pas en tant qu’électeurs. Celles-ci essaient de les toucher là où ils sont et de s’adresser à eux selon leurs codes. L’utilisation des réseaux sociaux paraît donc inévitable. Le Figaro, un journal français, a publié en mars 2015 un article — basé sur une étude commune de l’Ipsos et du King’s College de Londres — qui affirmait que ceux-ci influent beaucoup plus sur le comportement électoral des jeunes que les réunions, les tracts ou les discours. Seuls les débats télévisés auraient plus d’emprise sur leurs idées politiques. Les politiciens ne sont d’ailleurs pas restés sourds à cette tendance, et tweet, commentent ou postent de plus en plus souvent sur les réseaux sociaux. À titre d’exemple, Ginette Petitpas-Taylor, candidate libérale de la circonscription fédérale de Moncton-Dieppe-Riverview, publie cinq à dix posts par jour sur sa page Facebook.

Un enseignant de Vancouver, Michael Taylor, a lui aussi saisi la puissance des réseaux sociaux chez les jeunes. Il a lancé à la mi-septembre, sur le modèle de l’Ice Bucket Challenge ou de Movember, l’initiative Vote Slapshot. Elle consiste à prendre une vidéo de soi avec des vêtements représentatifs du Canada, durant laquelle il faut effectuer un lancer frappé (slapshot) et promettre de voter pour les élections, avant d’inviter trois connaissances à faire de même. Le phénomène a été viral et a touché un large public, Radio-Canada et plusieurs médias anglophones lui consacrant un ou plusieurs articles. La station de radio francophone a également lancé un hashtag #1erVote sur Instagram, afin de donner une voix aux jeunes qui vont voter pour la première fois.

Objectif participation

Des initiatives plus classiques ont également été lancées, notamment par Élections Canada. Le site web de l’organisme fédéral a créé plusieurs foires aux questions, qui reprennent les interrogations les plus fréquentes des électeurs. Celle consacrée à l’inscription semble avoir fait l’objet d’un soin particulier, car les réponses qu’elle offre sont complètes et variées. Grâce à cela, les visiteurs du site peuvent même savoir comment annuler l’inscription d’une personne décédée ou modifier la leur suite à un déménagement. Le bureau d’Élections Canada à Moncton, pour rappel, espère atteindre un taux de 70 % de participation chez les jeunes le 19 octobre (en 2011, il gravitait autour des 40 %).

Enfin, le Conseil des Canadiens, une organisation basée à Ottawa et qui milite pour plus de justice sociale, a mis en place la Youth Vote Campaign, qui incite les jeunes à faire entendre leur voix. L’association tente de vulgariser les grands enjeux politiques du scrutin et publie régulièrement des lettres aux dirigeants politiques, à partager sur les réseaux sociaux. La photo de couverture du Conseil des Canadiens sur Facebook est d’ailleurs plutôt éloquente, puisqu’elle affirme que « Le 19 octobre, nous voterons ». Il est regrettable que l’essentiel des communications de l’organisme soit rédigé en anglais uniquement, mais cette question touche à un autre débat.

Indéniablement, beaucoup de personnes et de bonne volonté sont mobilisées afin de réduire la fracture entre les politiciens et les jeunes et aider ces derniers à voter pour la première fois. Ces méritoires efforts porteront-ils leurs fruits le jour du scrutin?

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